Il me semble intéressant de retransmettre le puissant message de Mgr Martin, Evêque de l'Eglise Orthodoxe Française, qui propose un véritable guide comportemental pour cheminer avec profit jusqu'à Pâques. Bonne lecture ! 

 

Bien chers frères et sœurs en Christ,

Après la célébration du traditionnel office des cendres, toutes les communautés chrétiennes de par le monde sont entrées ensemble cette année dans le Grand Carême… Nous n’entendrons jamais assez combien ce temps liturgique offert par l’Eglise est béni ! En effet, la « sainte quarantaine » nous convie chaque année à un véritable printemps spirituel à travers un pèlerinage nous conduisant aux portes du mystère Pascal, grandiose « Fête des Fêtes » où sont célébrés « la mise à mort de la mort, la destruction de l’enfer et le début d’une vie nouvelle et    éternelle… »

Cette marche au cœur de nos déserts intérieurs et extérieurs est d’une brûlante actualité ! A toutes les questions qui hantent aujourd’hui comme hier les profondeurs angoissées de nos humanités, la réponse nous a été donnée voici plus de deux mille ans : Christ est ressuscité ! Ainsi, par le Christ et dans le Christ ressuscité, ce n’est pas l’ignorance, l’inconscience, la bêtise, la maladie ou la mort qui auront le dernier mot mais la force invincible de l’humble Amour…
Ainsi, à travers l’avènement de la matière glorieuse signifié par la Résurrection de Jésus-Christ, Vrai Dieu et Vrai Homme, toutes les matières créées sont déjà potentiellement sauvées… Telle est la foi de l’Eglise manifestée par ses saints innombrables !

Ensemencés de la force colossale de cette expérience fondatrice par notre baptême, pourquoi sommes-nous alors encore si peu participants à l’actualisation de cette nouvelle humanité ?
Le drame existentiel de notre vie se résume en un seul mot : l’oubli !
Nous continuons à vivre sans référer notre vie à la Vie nouvelle que le Christ nous a révélée et communiquée. En fait, nous vivons comme s’Il n’était jamais venu !  Par cet oubli, notre vie redevient « vieille », mesquine, enténébrée, désorientée, insensée… Là est sans doute le seul vrai péché, la tragédie insondable de nos existences…

Le Carême est alors la vigoureuse proposition que nous offre l’Eglise pour vivre un profond retournement et retrouver l’incandescence de notre Désir de Dieu,  l’Unique Essentiel… Il est ce temps béni nous permettant de consacrer plus de temps à la prière, à la méditation, à la lecture des Ecritures ou la vie des Saints dans une relation renouvelée au Seigneur ; un temps béni aussi pour nous permettre d’éveiller en nous plus de générosité en offrant du temps au frère ou à la sœur comme sacrement de la Présence.

Tous les efforts consentis au cœur de ce pèlerinage de l’âme ont pour but ultime de briser les barrières en nous et autour de nous. Ils supposent une sortie de soi-même, un décentrement personnel, une décrispation profonde : offrir, ouvrir le « moi-ego » fermé sur lui-même pour rendre souveraine la Présence du Christ dans notre cœur…
Observons le jeûne selon nos possibilités (l’abstinence de certaines nourritures n’est pas un combat contre mais pour le corps, au service non de la répression du corps mais de sa possible transfiguration) ; évitons les paroles inutiles ; privilégions le silence pour mieux entrer en soi-même ; supplions l’Esprit Saint de nous donner de voir tous les lieux perdus du cœur, ces lieux rebelles, indifférents ou apeurés, ces lieux du péché qui continuent à alimenter les grandes vagues de violence au cœur du monde. Quittons les corps de plaintes pour    entrer dans plus de louange ; cultivons l’Amour envers tous ; « veillons et prions… »

En Grèce, le premier jour du carême se déroulait traditionnellement la première célébration en plein air de l’année. Les familles se rendaient alors à la campagne, montaient sur les collines verdoyantes et libéraient des cerfs-volants…
Comme pour se souvenir, dans l’épaisseur opaque des réalités du monde, de la Présence infiniment légère et transparente du Beau Vivant, vainqueur de toutes les formes de mort…

Belle marche en Eglise, seul(e) et ensemble pour notre bien-être et le bien-être du monde. Chaleureuses bénédictions dans cette montée vers Pâques…

Alors, accompagnés de ces belles paroles, je vous souhaite une bonne marche vers le Renouveau, dans la joie, la louange et l'adoration ! Joyeux Carême à tous !