Christ et femme pécheresse et nardEn lisant la parabole de la pécheresse versant un précieux nard sur les pieds de Jésus (Marc 14, 3 à 9), nos traductions utilisent fréquemment le terme de bonne oeuvre : "c'est une bonne oeuvre oeuvre qu'elle vient d'accomplir à mon égard" (verset 6). Toutefois, en se référant au texte grec original, il ne s'agit pas de bonne oeuvre mais de belle oeuvre. Il n'y a donc pas ici d'aspect moral entre ce qui est bon ou mauvais. Le Seigneur dit à la pécheresse qu'elle a fait une BELLE OEUVRE, qu'elle a bellement agit envers Lui. Ce n'est pas tout à fait la même chose ! De même, à la fin du texte, un autre écart de traduction apparait. Nous pouvons lire au verset 8 : "ce qu'elle pouvait faire, elle l'a fait". Alors que le texte grec nous donne un tournure verbale différente et quelque peu étrange : "ce qu'elle eut, elle fit". Ce n'est pas non plus la même chose. A ces lectures différentes on voit combien il est difficile de traduire un texte d'une langue à l'autre et combien le ressenti du traducteur peut laisser une empreinte plus ou moins conforme à celle du texte original. D'où l'importance également de ne pas prendre le texte au pied de la lettre, mais d'élargir notre champ de compréhension pour avoir une vision plus large de ce que Jésus a voulu dire. L'Evangile est un texte vivant qui doit toujours crépiter dans notre coeur et notre intelligence pour illuminer notre âme et guider notre vie terrestre.

Alors que signifient ces différences de traduction pour le lecteur attentif ?

1) Tout d'abord concernant la belle oeuvre. Jésus veut nous rendre libre et nous soustraire du poids de la Loi (mais aussi des dogmes et des diktats de la religion). Pour le chrétien, les oeuvres sont utiles et nécessaires à la mise en pratique des paroles du Maître, mais elles ne sont pas déterminantes pour recevoir les grâces de notre Père céleste. Certaines oeuvres que nous faisons sont belles pour le Seigneur, même si elles paraissent choquantes ou vaines pour nos semblables. Il s'agit ici de la gratuité des actes que nous accomplissons par amour et non pas des actes utiles que nous pouvons accomplir dans notre vie. Nous entrons dans la liberté d'agir et non pas dans l'obligation de faire. D'où la différence essentielle entre le bien et le beau. Cette femme n'avait aucune obligation de faire ce geste envers le Seigneur. Accomplie ou non, cette action ne lui rapporte rien ou ne lui enlève rien. C'est un acte gratuit fait par amour qui ne peut être compris que par les deux protagonistes concernés. Nous sommes dans la sphère privée qui ne doit pas relever d'un jugement quelconque à l'aune du bien et du mal. Jésus nous enseigne la liberté d'être et de faire.

2) Concernant la parole : "ce qu'elle eut, elle fit", Jésus semble énigmatique dans sa formulation. Mais en approfondissant, on peut y lire une reconnaissance de la liberté d'être. Cette femme avait un désir profond. Elle est allée jusqu'au bout de son désir pour accomplir un acte gratuit en renversant les codes et les principes en usage. La réaction violente des autres invités est une preuve de sa transgression. Mais en relisant les Evangiles sous l'éclairage de cette liberté d'être, n'est-il pas visible que Jésus lui-même a utilisé cette liberté d'action au risque de choquer l'ordre établi et de paraître un hors la Loi religieuse ?

Aussi, en relisant ce passage sous cet éclairage différent, nous voyons l'écart qui existe entre le texte imposé et le texte original. Même si Jésus donne une explication rationnelle au geste de cette femme, il souligne surtout la liberté d'être qui est offerte à chacun et qui doit éloigner totalement du jugement. Mais, hélas les convives ne saisissent pas le sens de ses paroles. Ils sont aveuglés par leurs coutumes et par le poids des traditions religieuses. A la suite du geste de cette femme, revoyons notre façon de concevoir la religion, notre fidèlité à la foi et aux dogmes pour accomplir de belles oeuvres aux yeux du Seigneur Jésus.

Chers amis, je vous propose de méditer ce texte durant le Carême qui va bientôt commencer pour en approfondir toute la richesse et en ressentir les bienfaits.

Enfin, je vous informe que vous pouvez accompagner votre démarche spirituelle grâce au Livret de Prière téléchargeable sur la page d'accueil du blog.

+ Père Stéphane