Sur le chemin de l'Avent qui nous conduit jusqu'à Noël, il est des rencontres qui laissent une empreinte indélébile dans notre âme. Que ce soit avec un autre frère cheminant, ou bien avec un saint d'hier qui nous interpelle aujourd'hui, le chemin intérieur que nous empruntons pour accueillir l'Enfant Dieu dans notre humanité est semé d'étincelles plus ou moins éblouissantes. Toutefois, la vraie rencontre qu'il est nécessaire de faire pour parvenir au but fixé, c'est celle du Tout Autre. Lui seul pourra combler notre soif intérieure et apaiser nos doutes en cette vie qui peut parfois être très difficile à accepter. N'oublions pas que Dieu s'est fait homme pour que l'homme se fasse Dieu. Il s'agit bien d'une transfusion de nature qui nous est proposée, si nous osons ouvrir notre coeur à l'Amour véritable.

Aussi, ne soyons pas aveuglés par les soleils artificiels qui nous attirent, même si nous avons l'impression de recevoir des grâces et d'acquérir une sagesse éclairée. Soyons plus gourmands et plus gourmets. Nous méritons mieux que la manne récoltée de-ci de-là, même si déjà son goût nous ravit. Non, le Seigneur Dieu qui nous a faits souhaite nous nourrir avec une substance plus riche et plus suave que la manne céleste. Il s'agit de goûter la saveur du Tout Autre dans ce qu'elle a de plus corsée, de plus noble et de plus délicieuse pour nos papilles spirituelles. L'homme nouveau ne peut pas se contenter d'un ersatz quelconque. Il a besoin de retrouver la Source initiale pour s'y abreuver et s'y délecter pleinement. C'est seulement à cette condition que la quête pourra connaître son apogée et que l'âme sera totalement comblée. Quand la Vierge Marie a reçu la grâce totale du Saint Esprit qui lui a permis de devenir la Mère de Dieu, elle a ressenti alors ce qu'est la plénitude de l'être. Tout lui a été donné, gratuitement, pour qu'elle soit en mesure de comprendre ce qui allait s'accomplir en elle et par elle, pour toute l'humanité. Voilà pourquoi le silence fut sa seule réponse aux nombreuses sollicitations qui lui furent faites. Carn que répondre et comment traduire en mots ce qui est au-delà du concevable et ne peut être que vécu dans sa chair, dans son âme, dans son être ? Le silence devient alors la seule parole possible qui ne sera comprise que par celui qui vivra une telle expérience. "Que celui qui a des oreilles entende", dira souvent le Seigneur Jésus à la foule. Mais il s'agit là de l'ouie intérieure quand l'âme est au diapason avec le Tout Autre. Marie a vécu cette grâce inconcevable, mais elle n'est pas la seule. Dieu ne limite pas son accès, bien au contraire, et ce qu'il souhaite c'est s'unir aux plus d'âmes possibles. C'est sa volonté !

Alors, amis chrétiens sur le chemin de l'Avent, je vous souhaite de vivre une telle rencontre et d'entrer dans le silence qui deviendra votre seule parole en lien avec la Parole incarnée le soir de Noël.

+ Père Stéphane