Le Bon Samaritain (homélie du 18/10/2026)
Frères et Sœurs en Christ,
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Dans le texte de ce matin (Luc 10, 25 à 37), Jésus nous enseigne le moyen d’être un bon Samaritain pour les autres. Un docteur de la Loi lui demande ce qu’il faut faire pour hériter la vie éternelle. On peut comprendre cette question ainsi : comment faire pour vivre dès maintenant notre état divin en plénitude ? En effet, l’éternité n’est pas une question de temps mais une condition de vie. Ce qui est divin est éternel et vit constamment dans notre éternité d’être. En nous créant, Dieu nous a offert de vivre cet état d’éternité dès maintenant, dès notre vie incarnée. L’éternité n’est pas un au-delà accessible seulement après la mort. Elle nous est offerte dès ici-bas et maintenant.
En guise de réponse, Jésus fait référence à la Loi divine en rappelant l’attitude essentielle qu’il faut avoir pour accéder à cette éternité : « aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force et de toute sa raison ». Puis également : « aimer son prochain comme soi-même (le texte original indique ’comme son âme’, ce qui offre une meilleure compréhension).» Ainsi, vivre l’éternité de notre présent résulte d’un acte de foi véritable en Dieu. Aimer Dieu, comme l’indique Jésus, n’est pas un sentiment ou une pensée pieuse. C’est un acte volontaire, vrai, puissant, qui oblige à faire des choix, des sacrifices et à renoncer aux attraits négatifs du monde pour fixer son attention sur Dieu seul. C’est le préférer à tout, malgré le regard des autres. C’est reconnaître notre nature divine à la lumière de l’âme et rechercher l’union avec la Source divine. Aimer Dieu est un combat réel contre soi-même, car la nature humaine n’est pas encline à se laisser déposséder de ses plaisirs et de ses vanités pour laisser le champ libre à l’âme. Il nous appartient de rechercher la Vérité et de sortir de nos ténèbres. Si notre recherche est sincère, Dieu se laisse trouver et se dévoile à l’intérieur de notre être. La Foi demande du courage, de la volonté et nous oblige à reconnaître nos faiblesses. Mais cette démarche spirituelle doit aussi associer notre raison, notre intelligence, notre esprit, dans une unique totalité. Parce que la Sagesse, issue de Dieu et perçue en nous par le lien de l’âme, s’adresse à chaque élément de notre être. Pour entrer dans l’éternité, nous avons besoin de notre corps, de notre âme et de notre esprit. Ces trois parties indissociables qui composent l’être humain sont en résonance directe avec la Trinité. C’est important d’en avoir conscience.
Suite à la réponse de Jésus, le docteur de la Loi pose une nouvelle question : « qui est mon prochain ? » Jésus va s’appuyer sur un récit pour compléter son enseignement. Cette histoire met en scène 4 personnages : un homme attaqué et blessé, un prêtre, un lévite (ou théologien) et un Samaritain. Jésus va orienter notre attention sur 3 attitudes possibles vis à vis de l’homme laissé pour mort. Dans la culture juive, le prêtre et le lévite sont des érudits qui connaissent la Loi et les commandements. Ils suivent à la lettre les prescriptions de leur religion dans ce qu’elles ont de rigides et de légalistes. Ces deux personnages représentent le culte et la Loi de l’ancienne Alliance. En passant devant l’homme à terre, ils n’ont aucune compassion, aucun regard et continuent leur chemin de peur de devenir rituellement impurs au contact d’un mort. Ils sont aveuglés par leur savoir doctrinal et leur asservissement à la Loi. Ils sont froids de cœur et d’âme au point de ne pas ressentir l’élan naturel d’aller porter secours à un homme en détresse.
Quant au Samaritain étranger à ces rites et à ces considérations, il ne pense pas à la pureté de sa personne mais porte toute son attention au malheureux qu’il croise sur sa route. En voyant cette âme en détresse, il est pris de miséricorde. Un lien invisible vient de se créer entre ces deux hommes, un lien qui les relie directement à Dieu miséricordieux. Il se sent frère d’âme avec cet homme blessé. Il ressent cet élan naturel d’aller porter secours, sans calculer ce que cela implique. Il est dans l’urgence du temps présent, dans cette éternité d’être de la vie humaine. Ce Samaritain a les bons réflexes qui vont sauver la vie de l’homme blessé. Dans ces gestes, on peut déjà deviner des actes liturgiques : les bandages blancs représentent le vêtement du baptême ; l’huile versée sur les blessures représente la chrismation ; le vin versé représente l’Eucharistie. Ce sont les symboles des trois sacrements de l’initiation chrétienne. Puis il conduit le blessé à l’auberge (préfiguration de l’Eglise) pour qu’on prenne soin de lui et propose de payer ce qu’il faudra pour que le blessé soit totalement guéri. Par sa générosité, le Samaritain rappelle que Dieu a ouvert à l’être humain un crédit illimité, passant par ses disciples. Jésus montre à ce docteur de la Loi comment se pratique la miséricorde. Et par l’indication du don que fait le Samaritain pour garantir les soins donnés au blessé, le Christ invite à prendre soin d’autrui sans compter, en toute confiance, car lui-même pourvoira pas sa grâce. Le plus important dans l’amour envers Dieu et le prochain c’est l’imitation de la miséricorde divine. Ici encore, Jésus va à contre- courant des interprétations des docteurs de la Loi et renverse la question posée. L’important n’est pas de savoir qui est notre prochain, mais de se comporter comme un bon samaritain envers ceux qui en auront besoin. C’est à nous, par amour de Dieu, d’être le prochain, le frère d’âme, de chaque personne dans la nécessité dont nous croiseront le chemin.
Enfin, Jésus demande au théologien : « qui donc a été le prochain de ce pauvre homme ? » et celui-ci de répondre : « celui qui a usé de miséricorde envers lui. » Alors Jésus lui demande de faire ainsi et de continuer son chemin. Et cette réponse du Christ s’adresse aussi à chacun de nous : « va, et toi aussi, fais ainsi. » Soyons des êtres de miséricorde pour l’humanité. Si nous agissons ainsi, Dieu, le très Miséricordieux, nous reconnaîtra comme ses enfants. Nous serons gratifiés de son amour et cet amour changera définitivement notre regard et nos valeurs.
Aimons Dieu, selon la Parole de Jésus, pour être un bon Samaritain envoyé par le Christ ! Amen.
+ Père Stéphane
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