Homélie du Lys des Champs (Mat 6, 25 à 34)
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Frères et Sœurs en Christ,
En ce dixième dimanche après la Pentecôte, cette Parole de Jésus a du vous interpeller. En effet, au premier verset de son Évangile, il nous dit : « ne vous inquiétez pas pour votre vie ». On pourrait aussi traduire par « ne soyez pas anxieux ». Notre Seigneur nous invite au détachement et à la confiance, autrement dit à une foi véritable. Dans ce texte, Jésus développe sa pensée en indiquant que la vie et le corps sont plus précieux que tout. Mais il nous dit également que nous n’avons pas de pouvoir sur la vie qui nous est donnée ni sur le choix du corps qui nous est attribué. En effet, le chemin de notre existence terrestre est souvent semé d’embûches et rien ne peut certifier que demain nous serons encore dans ce monde. De même, nous ne pouvons pas changer de corps et nous devons vivre avec celui que nous avons. Puisque ces paramètres nous échappent, nous devons agir avec ce que nous sommes et ce que nous avons. Toutefois, Jésus explique que notre Père céleste nous aime tels que nous sommes et souhaite nous accorder sans cesse ce dont nous avons besoin pour vivre en ce monde. Bien sûr, cela ne signifie pas que tout est acquis sans rien faire. Il nous appartient de prendre en main notre vie et de tout mettre en œuvre pour qu’elle se déroule au mieux. Mais, bien que nous soyons les artisans de notre existence, nous ne sommes pas tout-puissants et une multitude de situations nous échappe en ce monde. C’est pourquoi, seule une foi active et une vraie confiance en Dieu peut nous aider à surmonter les aléas de notre vie. Il nous incombe d’être lucide, détaché, humble et de croire en vérité que, malgré les apparences, notre Seigneur nous guide et nous accorde son aide et ses grâces.
Si nous existons en ce monde, c’est pour acquérir une richesse spirituelle en approchant le plus possible de la ressemblance divine. Nous sommes des êtres spirituels revêtus de chair et nous devons garder à l’esprit, en toute conscience, que le but de notre vie terrestre est de chercher la voie étroite, guidés par la lumière céleste, pour découvrir en nous, au plus profond de notre être, notre trésor le plus cher : la Présence de Dieu. Jésus nous rappelle que cette démarche doit être notre préoccupation principale en ce monde : « cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice ». Et tout ce dont nous avons besoin pour atteindre ce but nous sera donné par notre Père céleste. Le chemin de vie chrétienne qui nous est proposé est donc une quête spirituelle. Sa finalité est de rechercher et découvrir en nous la Présence divine pour nous en nourrir, permettant ainsi à notre âme de grandir en ressemblance et de devenir une lumière en ce monde. Quant à la justice énoncée par Jésus, elle se rapporte à la justesse de nos actes pour accomplir cette quête. Le Royaume de Dieu est le lieu de sa Présence en chacun de nous, dans le temple intérieur de notre corps. Et pour acquérir la Ressemblance divine qui nous manque, la démarche consiste à s’extraire du monde chaque jour pour se recentrer et contempler la profondeur de notre être en favorisant le silence et la confiance. Car c’est dans nos ténèbres intérieures que nous pouvons trouver la lumière de Dieu. C’est ce que nous appelons la méditation ou l’oraison. C’est ce que faisait Jésus en s’isolant dans un endroit désert. Le silence est la clé du Royaume. Dieu ne se révèle que dans le silence de notre être. Sans une vie spirituelle véritable, nous passons à côté de notre existence et nous n’amassons aucun trésor. Rappellons-nous que lorsque nous quittons ce monde, nous laissons tous nos biens matériels. Les seuls trésors que nous pouvons emporter sont les biens spirituels que nous avons acquis dans notre âme.
Dans son Évangile, Jésus nous compare à des mini croyants, des disciples ayant une foi microscopique. Cela doit nous interroger sur notre démarche chrétienne, sur ce que nous croyons vraiment et sur ce que nous sommes capables d’accepter de ce Dieu inconnu que nous ne voyons pas. Il est parfois nécessaire de faire le bilan de notre foi chrétienne, de prendre la mesure de notre attachement à la personne de Jésus-Christ, à sa Parole et de reconnaître honnêtement la place qu’il occupe dans notre vie. Que croyons-nous vraiment ? Nous passons beaucoup de temps à préparer la nourriture de notre corps et nous faisons bien car notre corps est un véhicule précieux qu’il faut entretenir avec soin. Mais quel temps consacrons-nous à rechercher les nourritures spirituelles qui sont indispensables à notre âme ? Pour combler ce besoin et nous apporter une aide précieuse, Jésus nous a fait don d’une nourriture incomparable. Il s’agit de l’Eucharistie, offrande de son Corps et de son Sang. Bien sûr, dans cette Eucharistie, nous consommons aussi les espèces du pain et du vin qui vont nourrir notre corps de chair. Mais notre foi est-elle assez éveillée pour y discerner également la manne céleste qui va nourrir notre âme et la fortifier dans sa quête d’acquérir la ressemblance divine ? Avant de communier, il est bien de prendre un instant de réflexion pour discerner le don spirituel qui nous est accordé. L’important est de communier en conscience ; c’est à dire d’avoir pleinement compris que ce qui se trouve dans le calice aura une action jusque dans les profondeurs de mon être spirituel. Enfin, il est bon ensuite de prendre quelques instants pour rendre grâce à Notre Dieu qui nous a revêtu de splendeur et de beauté comme le lys des champs. Même si tout ceci nous échappe, puisque cela se passe à l’intérieur, cette communion au Corps et au Sang du Christ n’en demeure pas moins un acte fécond et réel. Et même si notre raison ne saisit pas le sens total de ce sacrement, Jésus nous enseigne à vivre cette expérience dans la foi et la confiance, comme le fait qu’il est bien présent parmi nous et en chacun de nous. D’ailleurs, les anges aussi nous assistent à chaque liturgie. Nous ne les voyons pas, mais notre âme peut les percevoir avec les yeux de la foi véritable.
Soyons vrai et sincère dans ce temps liturgique consacré à Dieu. Gardons notre esprit éveillé et ouvert à l’incroyable. Et, puisque Jésus est avec nous, il est inutile de nous inquiéter du temps présent ! A chaque jour suffit sa peine, nous dit l’Evangile. Alors, laissons demain s’inquiéter de lui-même. Soyons simplement des êtres de foi, conscients de ce que nous vivons maintenant, dans l’amour et la confiance. Amen !
+ Père Stéphane
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