Père miséricordieux

Comme le temps passe vite... Déjà un an écoulé après le séisme vécu par notre paroisse. Je ne sais pas ce que sont devenus les fidèles qui ont choisi de rester attachés à leur idéologie quelque peu hétérodoxe. Ou bien je le devine un peu en écoutant ce que le vent me murmure à l'oreille de temps en temps. Quel gâchis quand on sait combien il est difficile de constituer une communauté dans ce pays laïc. Mais je veux croire que la raison, alliée à la foi véritable, triomphera finalement de l'aveuglement qui conduit sur un chemin où le Christ ne se trouve pas. Puisque la grâce du Saint Esprit n'a pas réussi à percer les coeurs endurcis par une volonté orgueilleuse d'indépendance spirituelle, peut-être que le manque et la souffrance permettront cette métanoia nécessaire. Rappelons-nous le comportement des Hébreux dans le désert regrettant leur bien-être matériel en Egypte. Puisse-t-il en être tout autant pour ceux qui se sont éloignés du bien-être spirituel de la paroisse disparue.

En cette année de Miséricorde décrétée par le Pape François, il peut être salutaire de se placer devant l'icône du Seigneur Jésus et de se poser les bonnes questions. Savoir discerner en Esprit ce qui est juste et bon pour l'âme est une ascèse nécessaire qu'il ne faut pas avoir peur de vivre. Le temps de l'Avent qui se profile à l'horizon liturgique nous invite à faire cette expérience d'examen de conscience, en toute humilité sincère. Oui, comme le tendre père du fils prodigue, notre Père céleste scrute l'horizon pour apercevoir le retour de ses enfants. Alors, qu'importe les erreurs commises, les illusions trompeuses auxquelles nous avons crues et les faux prophètes qui ont pu nous tromper, si nous sentons au fond du coeur un goût amer qui éloigne la joie véritable, il ne faut pas hésiter à préférer le Christ révélé et à revenir vers Lui les yeux pleins de larmes et le coeur contrit.

Les Eglises et les hommes ne sont pas des anges aux vertus innombrables. Chacun a sa faiblesse, mais aussi sa richesse. Le Seigneur Jésus connaît le coeur de chacun d'entre nous et sait de quoi nous sommes capables. Mais, malgré tout, il nous aime et se donne sans compter dans la prière et les sacrements. Tout est don et seulement don de Dieu ! La vie chrétienne consiste à accepter l'Eglise et le frère tels qu'ils sont : ni bons, ni mauvais. Seul Dieu est bon, nous a dit Jésus. Alors, ne cherchons pas chez les autres ce que nous sommes incapables de montrer nous-mêmes. Soyons humbles, conscients de nos limites et ouverts à la grâce de Dieu, car tout vient de Lui seul. Si nous pouvons croire en cela et le mettre en pratique, alors la voie royale du Royaume des Cieux s'ouvrira pour nous. Le reste, c'est la part du Seigneur. Sachons seulement rester à notre place et accepter des autres ce que Lui accepte de nous. Voilà de quoi méditer pendant ce temps de l'Avent.

Oui, la Miséricorde n'est pas un vain mot. Elle ouvre des possibilités insoupçonnées si nous sommes disposés spirituellement à en recevoir les bénéfices. Le but ultime de la vie chrétienne est se faire de sa vie une union transformante en Jésus-Christ. Mais cette alchimie n'est possible que si nous laissons de la place au Seigneur en nous effaçant et en nous ouvrant pleinement à l'action de sa grâce. Voilà bien un défi facile à relever si nous en avons le désir. La seule question à laquelle nous devons répondre est celle posée par Jésus à Pierre : m'aimes-tu plus que tout ? Dans notre réponse se trouve la clé de la solution.

La vie terreste est bien trop courte et semée d'embûches pour perdre du temps à des choses futiles. Jésus est le seul Maître à suivre et c'est au sein de l'Eglise qu'il nous invite à pratiquer son enseignement. Tout le reste est magouille et tromperie du Malin. Que l'exemple des saints nous éclaire et nous invite à oser cette folie salutaire de tout abandonner pour le Seigneur !

+ Père Stéphane